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par Anne Saint-Laurent, publié le 2014-04-02
Lancé en 2012 par l’organisme Workshop Architecture à Toronto, le concours Green Line — Vision s’inscrit dans la série d’opérations de remise en valeur organisées depuis près d’une décennie. Cette fois, dans un esprit d’idéation, des équipes composites de designers et de citoyens ont été conviées librement pour imaginer le paysage de la ligne électrique aérienne qui traverse la ville de Toronto, et crée au sol un possible parc linéaire à verdir, et surtout, à faire devenir.

Les concurrents devaient imaginer une utilisation innovatrice de cet espace d’une longueur de cinq kilomètres afin d’en révéler le potentiel. Les organisateurs anticipaient l’implantation d’un programme constitué d’un lien piéton et cyclable entre les quartiers disposés le long de la Green Line, et d’une série d’espaces communautaires et récréatifs (à définir). Un soin particulier devait être accordé au développement durable ainsi qu’à la nécessité de réaliser le projet en étapes successives. À cet égard, la formation d’équipes pluridisciplinaires était encouragée en vue de formuler des propositions équilibrées tant sur le plan de l’urbanité, de la durabilité que de la logistique. Par ce concours d’idées en deux volets (dont nous présentons le premier dans cette mise à jour du CCC), il était précisé clairement que les idées récoltées ne seraient pas immédiatement réalisées, mais qu’elles seraient assemblées pour former un catalogue de possibilités, accompagnant les Torontois dans une réflexion sur l’avenir d’un espace urbain de grande ampleur.

Parmi les 62 projets reçus pour le volet Vision certains proposent évidemment des solutions d’aménagement, en accord avec les attentes élémentaires du concours, mais d’autres se sont risqués sur des avenues énergétiques ou même de rentabilité en débordant largement du programme initial. Dans presque tous les cas, cependant, les équipes se sont attachées à l’aménagement d’un parc linéaire. Fait remarquable, plusieurs projets font littéralement abstraction de la présence, pourtant imposante, de l’infrastructure électrique, et n’en proposent aucune utilisation particulière. Dans cette catégorie, on classera par exemple le projet de Bradt, Wisniewski et Halladay, qui propose de tisser la nature dans la ville et de préserver les écosystèmes du site, sans véritablement s’adresser à la ligne électrique. Mais on verra également que le projet lauréat, de Gabriel Wulf, imagine, lui aussi, un parc urbain très végétalisé, sans véritable prise de position critique en regard de la présence majeure de l’infrastructure électrique, comme s’il ne s’agissait que d’un simple jardin. Les projets d’aménagement qui ont tenté de dialoguer avec le caractère « électrique » et technologique du lieu en cherchant de nouveaux usages ont généralement cherché à insuffler une ambiance autre comme pour conférer un caractère spécifique à la Green Line. C’est le cas de la proposition de Justin Hui, intitulée Light Corridor, dans laquelle l’électricité est utilisée pour générer une expérience urbaine par l’installation de dispositifs lumineux, ou encore la proposition de Duarte Aznar, Marin Trejo, Gomez Arana, Estudillo Robleda et Parra Roca, intitulée The Green Light, qui projette des corridors lumineux créés pour relier les quartiers de la ville.

Contrairement au choix du jury, c’est peut-être du côté des solutions énergétiques et financières qu’il fallait se pencher pour trouver des utilisations judicieuses et riches en idées de cette infrastructure électrique. La proposition de Windmills Developments et de Susan Speigel Architect, intitulée Power Play, utilise les pylônes électriques pour y accrocher des éoliennes et des panneaux photovoltaïques afin de générer de l’électricité propre, dont la vente permettrait d’assurer le financement nécessaire à l’entretien du parc urbain créé sur la Green Line. Ce genre de projet est un véritable plan d’affaires qui, sans proposer d’aménagement, semble de nature à inscrire le projet de paysage dans un projet économique.

Dans l’attribution du premier, deuxième et troisième prix, le jury a somme toute confirmé l’importance de la pluridisciplinarité des équipes, telle qu’elle était mentionnée dans le programme. Il semble que le jury a longtemps hésité à se saisir de la liberté offerte par le principe même du concours d’idée. Devait-on privilégier une solution d’aménagement à l’usage immédiat des Torontois, ou une solution financière tirant parti de l’infrastructure électrique afin de permettre à un éventuel projet d’aménagement de se réaliser avec succès ?

Le jury n’a pas tranché puisqu’il a désigné comme lauréats trois équipes, en proposant de composer leurs solutions respectives pour former un même projet hybride. Dans cette optique, la proposition de Gabriel Wulf fournissait le plan d’ensemble et la stratégie de gestion, misant sur l’implication de la communauté torontoise dans le développement des espaces communautaires le long de la Green Line. La proposition de Windmills Developments et de Susan Speigel Architect fournissait quant à elle le plan d’affaire assurant la rentabilité financière du projet, tandis que la proposition d’Antti Auvinen, lauréat du troisième prix, fournissait paradoxalement la forme même du projet à construire.

Étrange conclusion d’un concours pourtant riche en idées, témoignant peut être de la difficulté à laisser le temps nécessaire au débat plus encore qu’à l’imagination. Le fait d’imposer aux concurrents de composer des équipes pluridisciplinaires dès le début du concours aurait-il permis d’obtenir des solutions mieux intégrées ? Difficile à dire, mais une chose est sûre, l’ouverture du concours à des concurrents provenant de disciplines multiples aura justement permis de soulever une multitude d’enjeux montrant, si nécessaire, que la ligne virtuelle tracée par un programme de concours est aussi faite pour être dépassée par les projets.
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