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Attendre le bus en méditant sur les changements climatiques

par Cheryl Gladu, Carmela Cucuzzella, publié le 2016-06-30
Contrairement au célèbre aphorisme de l’historien de l’architecture Nikolaus Pevsner qui ne considérait pas l’abri pour vélo comme un programme relevant du domaine de l’architecture, ce concours reposait sur la conviction qu’une aubette de bus peut, et devrait être autant architecturale qu’une cathédrale ou un musée. Ce concours ouvert, jugé de façon anonyme, a reçu 26 propositions en provenance du Canada, des États-Unis, du Brésil, de France et d’Iran. Les idées devaient être réalisables, puisque cet « abribus augmenté » sera effectivement construit par l’organisation à but non lucratif CoLLaboratoire basée à l’Université Concordia.

CoLLaboratoire est un projet de recherche piloté par la chaire de recherche de l’Université Concordia IDEAS- BE (Integrated Design, Ecology, And Sustainability for the Built Environment). Il s’agit d’une série d’initiatives visant à stimuler l’engagement communautaire relativement aux impacts des changements climatiques : ce concours, lancé le 15 avril 2016, constituant l’amorce d’un processus. Encourageant les relations entre artistes, designers, architectes, chercheurs et organisations communautaires sans oublier les entrepreneurs, ce projet considère que les défis environnementaux doivent reposer sur des collaborations. Chaque installation doit répondre au contexte de réception tout en prenant en considération les particularités des communautés auxquelles elles s’adressent. CoLLaboratoire a choisi de rassembler les différentes expérimentations tout au long des 31 km du corridor urbain de la rue Sherbrooke à Montréal. Pour ce concours inaugural, les organisateurs s’étaient adjoints les expertises du Réseau de recherche stratégique du CRSNG sur les bâtiments intelligents à consommation énergétique nette zéro de l’Université Concordia. Le Dr Andrea K. Athienitis devant accompagner l’équipe gagnante dans le processus d’intégration de l’énergie solaire pour la bonne mise en oeuvre du projet. La Chaire de recherche sur les concours et les pratiques contemporaines en architecture de l’Université de Montréal apportant toute l’expertise de son équipe dédiée au Catalogue des Concours Canadiens était également de la partie.

On demandait aux concurrents de concevoir une aubette de bus sur le site du campus de Loyola appartenant à l’Université Concordia dans l’ouest de la ville. Il s’agissait de prendre en compte les conditions climatiques extrêmes de Montréal et d’envisager des activités alternatives hors des heures de pointe, tout en intégrant le potentiel de l’énergie solaire de façon créative. Les équipes étaient invitées à développer des idées susceptibles de contribuer à l’éducation et à la stimulation d’un débat public dans le but d’accroître la conscience des enjeux liés aux changements climatiques. Chaque proposition devait faire état d’un traitement technique approprié sachant que les équipes pourraient compter ultérieurement sur l’interaction avec l’équipe de CoLLaboratoire pour mener à terme la construction détaillée à l’intérieur des limites budgétaires.

Le spectre des 26 réponses fut somme toute assez vaste, allant de projets ayant misé sur les gestes symboliques aux approches les plus pragmatiques. On trouve des propositions aisément constructibles tandis que d’autres convoquent de complexes techniques de conception paramétriques (pour un abribus). Du point de vue technologique, les projets vont de l’exposition la plus banale et la plus évidente des panneaux solaires jusqu’à l’intégration sophistiquée de nouvelles techniques dissimulée dans des formes élégantes. Des projets les mieux intégrés aux concepts focalisés sur les objets, on peut dire que l’idée de l’abri qui s’est manifestée par les réponses de jeunes concepteurs en provenance de diverses régions du monde fut pour le moins diversifiée.

Comme cela fut annoncé dans le programme du concours, trois propositions furent sélectionnées, mais le jury a décidé d’adjoindre 2 mentions honorables. Le jury se composait d’une historienne de l’art, d’une directrice de galerie d’art, d’un expert en énergie solaire, de deux architectes, d’une designer interdisciplinaire et d’une candidate au doctorat. Cet éditorial succinct rédigé pour coïncider avec le dévoilement des lauréats ne peut que commenter brièvement les 5 projets retenus ainsi que le vote du public. Un rapport de jury détaillé sera diffusé dans le courant du mois de juillet.

Le premier prix a été octroyé à un projet qui a su présenter une vision architecturale aussi claire que raffinée, donnant une réinterprétation audacieuse de l’aubette de bus (équipe : Guertin/Amiot-Bédard/Desharnais/Duchesne/ Cloutier-Laplante/Côté). Textes et planches graphiques misent sur la concision pour mettre en évidence le choix de l’équipe d’intégrer certains éléments de la végétation existante et surtout pour exposer une façon sophistiquée d’intégrer les panneaux solaires à une grande canopée flottante pouvant être illuminée la nuit. Ce minimalisme offrant à la fois une protection intérieure et extérieure repose en outre sur les ressources d’un site riche en arbres. De la même façon que les arbres transforment la lumière solaire en oxygène, la proposition collecte l’énergie pour offrir un complément de confort et de sécurité lumineux pendant les longs mois d’hiver qui constituent la majorité de l’année scolaire.

Le deuxième prix a également joué de façon encore plus clairement poétique avec la métaphore du « phare » (équipe : Proulx/Guinard). Un projet léger et relativement low-tech qui entend démystifier la production de l’énergie solaire. Cette proposition, qui incorporait un élément de socialisation illuminant cette partie éloignée du campus en phase nocturne a toutefois semblé trop respectueux de l’abribus existant dont la communauté des usagers à souvent souligné les nombreux inconvénients.

Le troisième prix est allé une composition formelle aussi innovante que sa proposition programmatique d’un petit marché de fin de semaine (équipe : Tardif/Yesayan). Cette proposition assume une forme distinctive, quoique mouvante, ludique, voire interactive, dans son approche de la production d’énergie solaire. Ce concept ne s’est toutefois pas préoccupé d’offrir le confort nécessaire eu égard aux conditions climatiques extrêmes propres à l’hiver montréalais.

Les deux mentions honorables ont été accordées à deux projets au remarquable pragmatisme. L’un deux proposant de doubler la capacité d’accueil de l’abri tout en constituant une nouvelle entrée en enjambant le chemin du parc du campus de Loyola le tout offrant un espace pour une petite bibliothèque communautaire (équipe : Moro/Tornich/ de Oliveira/Junger). Le second projet offrant une série de modules pouvant être combinés tout en révélant de façon sans doute un peu trop crue la technicité solaire ainsi mobilisée (équipe : Montani/Zanlorenzi/Paris/Kashala/ Hirayama/Shinohara).

Le dernier prix fut accordé suite au vote du public organisé sur la plateforme du concours. La majorité des votes du public s’est portée sur des projets brésiliens (près de 900 votes sur les 1596 enregistrés et triés). 196 votes sont allés au projet The Rising Hill de l’équipe Coulon/Han/Mourtada/ Quintero qui bénéficie du « prix du public ». Notre analyse des données ne permet pas cependant de conclure si ce type de vote concerne effectivement les projets ou témoigne plutôt de la solidarité manifestée par les réseaux sociaux des équipes concurrentes.

Ce concours original offre donc une riche diversité de réponses innovantes de la part de jeunes concepteurs et il sera intéressant de comparer la proposition lauréate avec sa réalisation technique qui coïncidera avec le 375e anniversaire de Montréal en 2017.
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