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Une bibliothèque pour la ville

par Georges Adamczyk, publié le 2012-09-08
Le concours pour la bibliothèque Marc-Favreau dans l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie arrivait à point pour franchir une étape importante de la régénération du site des anciens ateliers municipaux. Ce terrain d’un seul tenant, le long du rail, était occupé par des installations de travail, à l’écart des habitations, interrompant le tissu régulier de la ville. À la fin des années 80, une consultation publique dégageait une vision concertée proposant un changement de vocation pour ce grand territoire. Le terminus d’autobus, la station de métro et l’édifice Art déco de 1932 définissaient un espace civique potentiel; le reste du site serait dédié à une occupation résidentielle.

En 1990, au coin de Saint-Denis et des Carrières, un premier ensemble de 150 logements était construit par l’Office municipal d’habitation de Montréal. C’est à la suite de la consultation publique de 2006 que l’idée d’un front civique sur la rue Rosemont se précise. Un plan d’ensemble est élaboré. Il oscille entre super îlot et prolongement de la trame des rues avec des immeubles plus hauts au pourtour du site et un aménagement paysager au centre. Le projet du promoteur Rachel et Julien conçu par la firme Cardinal et Hardy avec ses 335 logement concrétise ce plan et marque avec robustesse la bordure est du site, le long de la rue St-Hubert. On attend la composition de la place ou de l’édifice important qui se logera à l’ouest, à l’angle St-Denis et Rosemont, sur le parvis de la station de métro.

C’est en 2007 que la Ville de Montréal dévoile le projet de l’édification d’une nouvelle bibliothèque à vocation familiale renforçant ainsi l’accès de la population aux livres, le quartier étant identifié comme l’un des plus mal desservis de la municipalité. On sortirait enfin de « la petite noirceur » comme l’évoquait le maire de l’arrondissement de l’époque. En 2008, le nom de la bibliothèque et celui du parc contigu sont communiqués au public. En hommage à « Sol et Gobelet », la bibliothèque adopte le nom de Marc-Favreau et le parc celui de Luc-Durand.

Au cours de l’été 2009, un concours en deux étapes est lancé. La première étape consistait à sélectionner sur dossier, sans présentation d’esquisse, quatre équipes finalistes, équipes pluridisciplinaires incluant ingénieurs et estimateur. La proposition devait répondre aux exigences de certification LEED et le budget était fixé à 7 564 000 $.
Quatre principes d’aménagement « avant-gardistes » étaient mis de l’avant : la vocation familiale de la bibliothèque (distinguer adultes, adolescents et enfants), l’intégration des nouvelles technologies de l’information, la qualité du design, le développement durable.

À l’issue de la première étape, les quatre équipes retenues étaient : Corriveau Girard et Éric Pelletier, architectes ; Dan Hanganu, architectes ; les architectes FABG ; Manon Asselin, architecte et Jodoin Lamarre Pratte, architectes en consortium. Le jury, présidé par Mario Saia, a entendu les finalistes le 15 décembre 2009 et a délibéré le lendemain. Le rapport du jury témoigne de la discussion attentive des membres du jury. Il est très instructif quant au poids relatif accordé aux principes d’aménage- ment et aux critères d’évaluation qui sont tous couverts. D’une manière plus générale, on peut dire que la discussion se structure d’une part, autour des critères reliés à la forme et au programme et, d’autre part, autour de ceux recoupant les aspects techniques. Les commentaires sur la forme architecturale sont plus subjectifs, tandis que ceux qui concernent la réalisation technique cherchent à être plus objectifs. Si on s’accorde pour donner à la question de l’espace public un poids important dans le choix du jury, le projet de Dan Hanganu devient alors plus évident.

Le projet de Dan Hanganu n’a pas été composé comme un corps architectural unique, déployant une spatialité intérieure et des parcours modelés par la traversée des volumes et de la lumière. La composition est ici plus urbaine. Elle associe ensemble plusieurs éléments, dont l’édifice existant. La démarche pourrait être qualifiée de composition hétérotopique. La figure est construite par la création d’un deuxième front alternant opacité et transparence, face à l’espace de la station de métro, en équerre par rapport à l’édifice existant, et se pliant légèrement vers l’ouest. Le lien avec l’existant se fait par une entrée bien marquée sur Rosemont, dans l’alignement de l’édifice Art déco. L’intérieur de l’équerre se déploie en une promenade vers un volume vitré associant l’extérieur à l’intérieur, la bibliothèque et le parc. Cette approche, qui doit autant à Alvar Aalto pour sa composition sensible qu’aux inflexions contextuelles des modernes régionalistes pour sa forme, a le mérite de bien démontrer qu’un petit projet peut contribuer à construire la grande ville.



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