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Cap Diamant

par Adrienne Costa, publié le 2017-02-13
L’histoire de la « Nouvelle France » rapporte que l’explorateur Jacques Cartier avait confondu des pierres de quartz scintillantes d’une haute falaise, qu’il nomma « Cap Diamant », avec des pierres précieuses. Autre belle histoire théâtrale, le concours pour l’espace de création Le Diamant fut initié en 2007 par Robert Lepage, metteur en scène et fondateur de la compagnie Ex Machina, dans le cadre d’un ambitieux projet de théâtre de 600 places destiné à la création et aux diffusions nationales et internationales.

Tel que projeté par Robert Lepage, l’espace le Diamant se présente comme un incubateur d’innovations artistiques, comportant des studios et équipements adaptés à la création contemporaine, au cirque, au cabaret, et le point de départ d’un nouveau quartier des spectacles. Il doit aussi être le lieu de production de la compagnie Ex Machina.

Le premier site envisagé pour le projet fut précisément le Cap Diamant, colline dominant le Saint Laurent lieu fort de la citadelle de Québec. Après plusieurs années d’incertitude sur le financement du projet, le concours sera finalement lancé à l’été 2015.

Le jury fut présidé par Robert Lepage, entouré du producteur d’Ex Machina, Michel Bernatchez d’un historien, Luc Noppen et de deux architectes: Jacques Bellanger, Charles-Bernard Gagnon (Gargo architecture). Lise Anne Couture (Asymptote architecture), prévue initialement au jury, n’y siégera finalement pas.

Le site retenu s’inscrit dans la grande place animée d’Youville, à l’entrée de la ville fortifiée de Québec, au pied des fortifications, une place que le maire Régis Labeaume souhaite devenir, grâce au projet du Diamant, le nouveau cœur d’un quartier des spectacles. Le site présente néanmoins quelques difficultés, car il est en mitoyenneté avec un collectif de logements, il se trouve également contraint par la présence du YMCA construit en 1879, pour lequel le ministère de la Culture impose la conservation des façades du YMCA ce qui coïncide heureusement avec le regard que Robert Lepage porte sur ce lieu d’art qui joua un rôle culturel de longue date.

Somme toute, l’expertise de quatre équipes d’architecture ne sera pas suffisante pour mener une réflexion sur la nécessité de conserver ces façades, et l’opportunité, grâce à ce concours, de mesurer la pertinence de chaque hypothèse ne fut pas saisie du fait même de cette contrainte réglementaire. Cela explique en partie l’homogénéité des propositions en matière de conservation / démolition, implantation et volumes.

Parmi les 17 candidatures soumises lors de la première étape du concours, le jury a sélectionné quatre équipes :
- Anne Carrier Architecture / Lupien Matteau et groupe SM international ing.
- Co architecture / in Situ/ Jacques Plante architecte et BPR/ Tetra Tech inc. ing.
- Saia Barbarese Topouzanov architectes et WSP ing.
- Saucier Perrotte / STGM architectes et Pasquin St-Jean ing.

Tous les projets ont conservé intégralement les deux façades du YMCA constituant l’angle principal du projet et la plupart des équipes tentent une restitution ou conservation partielle voire totale de la toiture à la Mansart du bâtiment. Trois projets sur quatre, parmi lesquels le lauréat et le mentionné proposent un fonctionnement similaire avec :
- l’accès aux rangs du bas de la salle en rez-de-chaussée après un hall bordé de locaux commerciaux ouverts sur la place,
- un salon d’entracte en mezzanine sur les locaux commerciaux et donnants accès aux rangs hauts de la salle
- un vide accueillant les circulations verticales menant au toit du YMCA, positionné entre le YMCA et la salle.

Autant de similarités qui furent relevées par un jury qui déplora par ailleurs que « les traitements architecturaux proposés ne s’identifient pas à Ex Machina ».

Le projet d’Anne Carrier Architecture / Lupien Matteau reste la proposition la plus singulière, et semble remettre en question le problème posé et le programme. Le projet réinterprète la question à l’échelle urbaine en se fondant sur la volonté que cet équipement donne l’élan nécessaire afin que le quartier devienne un « quartier des spectacles » - selon l’expression consacrée du Maire de Québec. Le plan de masse s’apparente de fait à un projet de « place des arts ». Le projet prend également position sur le fonctionnement et le programme en remontant la salle du rez-de-chaussée à l’étage.

Les deux premiers projets du classement du jury comportent plusieurs similitudes du point de vue des volumes et du fonctionnement. Ils proposent tous deux un foyer spatial dans le volume partiellement évidé des vestiges du YMCA, sorte de salle des pas perdus pour les soirs de spectacle, et ils placent les circulations verticales dans l’entre-deux restauré.

Le projet lauréat, choisi à l’unanimité du jury, s’offre comme une lanterne prismatique insérée entre les vestiges conservés du YMCA et les constructions voisines. Il est conçu par Co architecture / in Situ / Jacques Plante architecte. Ce projet répond littéralement à la demande d’un diamant, par un diamant, ce qui n’a semble-t’il pas déplu au jury. Les volumes tronqués d’obliques, les façades translucides blanches, l’univers intérieur scintillant donné par les images et la présentation textuelle que donne l’agence de son projet participent tous à affirmer cette proposition simple et attendue. D’après Marie Chantal Croft de Coarchitecture, dans une entrevue à Radio Canada du 9 décembre 2015 "Un Diamant contemporain dans un édifice patrimonial" : « C'est une façon de faire qu'on voit partout à travers le monde de venir travailler la transparence quand on est dans un milieu historique parce que c'est moins choquant par exemple que de voir d'autres matériaux. C'est comme si la partie vitrée va s'effacer un peu et laisser la place au reste du contexte et à l'histoire. ». La résolution des aspects fonctionnels et techniques liés à l’usage de la salle se révèle plus détaillée que les autres propositions tout comme le traitement du confort thermique du bâtiment est également très explicité.

Le projet de Saia Barbarese Topouzanov architectes insère quant à lui un rideau de théâtre dissimulant la cage de scène entre le YMCA et le condo. L’escalier métallique se développe comme un ruban sur toute la hauteur du vide central. Le salon d’entracte paraît plus comprimé sur la perspective de ce projet que sur les autres. Une coupe topographique permet de comprendre la relation entre la terrasse du studio 1 placée sur le toit du YMCA et la terrasse des fortifications.

Le projet mentionné de Saucier Perrotte / STGM architectes est un ensemble savant de propositions orientées sur différentes situations urbaines ce qui produit une architecture dont l’image semble peut être un peu chargée. Le jury ne manquera pas de regretter un manque de réflexion sur la signalétique. La façade sur rue, stratifiée par niveaux, se trouve ceinturée de joints creux régnants, de façon élégante, comme le souligne cette fois le jury, avec les ornements de la façade du YMCA. Une grande loggia dont l’accessibilité n’est pas évidente en plan s’ouvre en porte à faux en surplomb de la terrasse du YMCA. Un miroir urbain en plafond de cette loggia permet de mettre en relation la terrasse du YMCA et l’espace public. En pivot entre les deux façades, une boîte en saillie percée d’une fenêtre renferme l’administration.

A posteriori, une fois la poussière du concours retombée, il est clair que la position anticipée de la maîtrise d’ouvrage sur la conservation du YMCA a conduit à cette homogénéité de propositions pour un bâtiment si important et si bien situé pour la ville de Québec. Mais nous pouvons aussi regretter, comme le fait Jimmy Leiser dans une analyse parue dans ARQ en août 2016, que le projet lauréat ait été modifié après le concours, notamment par l’ajout supplémentaire de surfaces tronquant la lanterne prismatique renforçant, s’il était nécessaire, la symbolique du diamant.

Le double enjeu pour la ville de Québec au travers de ce concours fut d’abord de rendre hommage à la notoriété internationale de Robert Lepage et de donner le départ d’un nouveau quartier des spectacles au pied de la ville fortifiée. L’autorité acquise de la maîtrise d’ouvrage en matière d’équipement scénique aura néanmoins balisé fermement les règles du jeu auxquelles les quatre concurrents ont du se prêter.
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