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Mise à jour torontoise : Dundas Square (1998) et Fort York Visitor Center (2009)

par Anne Cormier, publié le 2011-02-11
Les élus de la ville reine n’ont pas hésité au cours des dernières années à recourir au processus du concours pour en transformer d’importants espaces publics dont le Nathan Phillips Square ou les rives du lac Ontario. Toronto semble aujourd’hui être bonne première au palmarès des villes de concours urbains.

La documentation torontoise nous arrivant cependant au compte-goutte (avis aux intéressés), le Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle (LEAP) amorce en 2011 en présentant, quelques années après leurs tenues, deux concours d’un grand intérêt. Leur archivage au CCC contribuera à dresser un portrait plus complet du rôle des concours dans le développement de la ville de Toronto et des idées architecturales et urbaines qui en sont issues. Le projet lauréat du premier concours présenté ce mois-ci, Dundas Square, est aujourd’hui construit, le Fort York Visitor Centre, quant à lui en attente de financement, devrait être réalisé sous peu. Onze années se sont écoulées entre les deux concours et on notera que le passage d’une décennie se manifeste principalement dans ces projets au niveau de la maîtrise de la représentation numérique et de l’apparition de préoccupations évidentes pour le développement durable.

Dundas Square est situé au cœur de la ville, à l’intersection de la rue Yonge, l’artère principale de la ville, et de la rue Dundas. Il s’agit d’un nouvel espace urbain qui était destiné à devenir le Time Square de Toronto et à la réalisation duquel une section du tissu urbain ponctué de petits commerces typiques de la rue Yonge a été sacrifiée au grand dam de certains.

En première étape, 48 candidats ont présenté une équipe et exposé leurs intentions, de ceux-ci six concurrents ont été retenus pour élaborer un projet en seconde étape contre rémunération. Les concurrents ont dû composer avec un site au périmètre irrégulier, un stationnement souterrain de trois étages et demi réalisé par un tiers, une connexion au métro et au PATH (le Toronto souterrain), une billetterie (T.O. TIX, le pendant torontois du TKTS new-yorkais), ainsi que plusieurs activités populaires. Le programme annonçait également l’installation d’écrans géants en façade des édifices en bordure du square.

Curieusement, ce contexte tapageur aura inspiré au moins deux propositions des plus sobres, dont celle des lauréats Brown and Storey Architects, une firme reconnue pour ses interventions urbaines sensibles qui s’est inspirée de son travail sur les ravins de Toronto pour développer un projet tout en nuances tablant sur l’histoire du site. Kohn Shnier Architects moins connus pour la discrétion de leurs interventions auront également pris le parti de la sérénité lovée «dans l’œil de la tornade». À l’usage cependant, une fois le projet lauréat réalisé et les édifices adjacents complétés, il semble bien que la tornade l’ait emporté.

Le concours pour le Fort York Visitor Centre, lancé en prévision des célébrations du bicentenaire de la guerre de 1812, proposait un exercice de conception architecturale fascinant traitant de l’histoire, du territoire ainsi que des notions de limite et d’échelle. À titre de rappel, la guerre de 1812 a opposé la Grande-Bretagne aux États-Unis et le Fort York situé dans le Haut-Canada aura été pillé à deux reprises au cours des affrontements.

Le fort construit sur les rives du lac Ontario, à l’embouchure de Garrison Creek (garrison du français « garnison »), est aujourd’hui cerné par les gigantesques piliers de l’autoroute Gardiner, cette interminable infrastructure surélevée qui sépare le centre-ville de Toronto de son front de lac, par l’importante emprise ferroviaire du CN et par la rue Bathurst. Avec le temps et l’urbanisation, des remblais ont effacé Garrison Creek et déplacé la rive du lac 500 mètres au sud. Le contexte territorial du fort a été bouleversé au point d’en devenir totalement incompréhensible.

Les quatre firmes qui se sont prêtées à l’exercice du concours à la suite d’un appel de candidatures ont proposé des projets originaux et très développés, autant de stratégies de réinterprétation de ce contexte difficile. Dans tous les cas, les projets implantés sous les piliers de la Gardiner, ou tout contre eux, traitent d’une négociation entre la nature étrangement bucolique des commons situés à proximité du fort, la réalité de la ville contemporaine et le rapport à l’autoroute Gardiner. Et en fin de parcours, la netteté et la force de représentation tranquille de la proposition des lauréats, Patkau Architects/Kearns Mancini Architects, qui offre une lecture habile et idyllique de l’autoroute (un des rendus est d’ailleurs repris par la Fort York Foundation en page d’accueil de son site en 2011 aura à l’évidence pesé significativement dans la balance du jugement architectural. À vous de voir.

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