Peut-on penser un quartier avec ses habitants dans un concours ?
par Juliane Alexandre Colmado, publié le 2026-08-03
Ce concours d’idées en deux volets révèle des dynamiques sociales et politiques en cours, à travers les manières d’imaginer le futur du Quartier Latin au cœur de Montréal. Entre historicité du lieu, densification, mutation des modes d’habiter et de consommer, dans un contexte de transition écologique, on constate une diversité riche dans les propositions où la relation et le partage, tant entre individus et espaces, restent le centre des préoccupations. Il existe également une volonté de renouer avec la perception sensible des usagers, en considérant l’impact d’une sensorialité multi-dimensionnelle et multimodale sur l’expérience vécue. Les propositions des lauréats, par leur inventivité et leur innovation, se positionnent comme de véritables témoins des mutations qui se jouent. Mutations encore au centre des débats et qui ne cessent de requestionner nos manières de voir et d’habiter nos centres urbains.
Le Quartier des Spectacles, centre culturel incontournable de la métropole montréalaise, représente un contexte riche pour les réflexions d’aménagement intégrant des enjeux écologiques et sociaux grandissant. Souhaitant voir cohabiter une diversité de programmes, allant des salles de spectacle aux logements, la Ville a lancé ces concours d’idées en 2012, invitant les professionnels d’architecture, urbanisme et design à imaginer le futur de ce quartier devenu mythique. Ce concours est en fait articulé en deux volets : architecture et aménagement. Les lauréats pouvaient espérer une collaboration avec la Ville de Montréal afin de développer les futurs projets d’aménagement du secteur ainsi que participer au développement du Plan Particulier d’Urbanisme. Le jury a sélectionné cinq lauréats au total et a salué par des mentions trois des projets participants. La spécificité de ce concours repose également dans la voix donnée au public. Cette dernière permet, grâce à sa participation via des votes en ligne, de mettre en avant les projets coups de cœur.
En deux volets, les interventions devaient s’appliquer à différentes échelles du quartier. Rappelons que le Quartier des Spectacles rassemble un grand nombre d’institutions et d’activités, faisant de ce centre vivant un pôle culturel particulièrement attractif de la métropole québécoise. Compris entre la rue Sherbrooke et le boulevard René-Lévesque, il est traversé par la rue Sainte Catherine, qui se démarque par sa forte activité marchande. Il s’agit là d’un véritable centre historique de la vie culturelle et nocturne de Montréal où se concentrent de nombreux noms remarquables comme la Société des Arts Technologiques (SAT), la Cinémathèque Québécoise, l’Office National du Film (ONF), le Musée d’Art Contemporain ou encore l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Depuis 2007, le quartier fait l’objet de nombreuses ambitions d’aménagement afin de mettre en lumière ce rassemblement de lieux de diffusion, unique en son genre au Québec. À la suite de l’amorce du PPU, introduit en novembre 2007, de nombreux éléments phares ont émergé comme la Promenade des Artistes, le Parterre ou encore la Place des Arts. L’ensemble de ces projets de planification et de rénovation participent à inscrire toujours plus Montréal, et tout particulièrement Ville Marie, comme une destination culturelle internationale incontournable. Dans la continuité de ces ajouts, ce concours d’idées avait pour objectif de mettre en avant des idées et solutions afin de répondre à une problématique de cohabitation grandissante.
La participation du public à la sélection des lauréats constituait la particularité de ce concours, impliquant directement les résidents montréalais dans l’évaluation des propositions soumises, grâce à un vote en ligne.
À l’issue du processus, le jury de professionnels a choisi deux lauréats et attribué deux mentions spéciales, dans le cas du volet architecture, ainsi que trois lauréats, une mention du jury dans le cas du volet aménagement. Chaque volet compte également un prix du public obtenu par la comptabilisation des votes en ligne.
Le premier volet du concours, axé sur l’architecture, visait les enjeux liés à la relation entre habitat et relations de proximité. Les projets se sont concentrés sur les typologies d’habitation. Tantôt un logement pensé comme loge de théâtre comme chez l’Atelier Ville Architecture et Paysage ou par le Groupe Leclerc, tantôt un bâti comme « barrière habitée » par Poncelet/Boucher, on remarque une appétence particulière pour des organisations autour du collectif. Le social reste au centre des réflexions, afin de renforcer des relations de voisinage et de cohésion entre les différents profils de résidents, challenge complexe quant à la pluralité de leurs attentes et de leurs manières d’habiter le quartier. On retrouve dans les intentions de projet de la plupart un véritable désir d’instaurer un sentiment de communauté. Le texte de l’Atelier Ville Architecture et Paysage en témoigne : « Ciblant une population dynamique, l’habitat prend la forme d’une agglomération verticale de cellules individuelles. À l’image des balcons d’opéra, chaque cellule peut ouvrir sa loggia sur la ville et participer aux festivités ou la refermer, pour s’intravertir et préserver son intimité. Au cœur de l’assemblage, l’espace de la vie collective prend la forme de placettes et terrasses en interrelation directe avec l’espace public. »
L’approche architecturale la plus récurrente dans les propositions sélectionnées superpose les cellules de logements, déployant une dynamique verticale. Cela s’oppose au même phénomène horizontal, fortement critiqué pour son importante emprise au sol, laissant peu d’espace aux circulations, aux places publiques et aux solutions de circulation d’air, sur un plan plus environnemental.
La problématique environnementale, associée aux enjeux écologiques caractérise les approches lauréates. Poncelet/Boucher innove notamment en proposant l’exploitation du potentiel solaire en imaginant des typologies et des orientations privilégiant l’éclairage naturel. L’Atelier Ville Architecture et Paysage joue, pour sa part, avec la disponibilité d’espaces interstitiels en prônant leur végétalisation.
On retrouve des enjeux comparables dans les propositions du volet Aménagement. Il s’agit cette fois d’ouvrir une réflexion autour de la mise en forme des espaces publics du quartier dans le but de prévoir une programmation pour le PPU. On souligne des propositions particulièrement innovantes du consortium entre l’Atelier Barda, Patrick Morand Architecte et Iglu Studio, suggérant le développement de l’agriculture urbaine. Le groupe proposent une manière de produire et de consommer plus locale, tout en impliquant commerces et résidents du quartier : « …Le parc de la bibliothèque serait le lieu idéal pour l’implantation d’un marché public, de jardins potagers communautaires et l’expérimentation sur l’élevage d’animaux, à petite échelle. Nous suggérons de démolir l’ancienne gare d’autocar et de la remplacer par une maison de la culture : un lieu de rassemblement associatif pour les habitants du Quartier Latin. L’espace vacant, entre cette future institution et l’îlot voyageur, accueillerait une place gourmande, un rassemblement de « cantines mobiles » proposant une gastronomie locale. »
Finalement, les approches urbaines déployées dans ce double concours traitent de thèmes articulant les dynamiques sociales et communautaires. À cela, s’ajoutent les rapports historiques afin de valoriser le passé d’un quartier qui a joué un rôle politique majeur dans l’émancipation de certaines communautés marginalisées. Afin de faire émerger le caractère souvent qualifié d’« underground » de ce lieu, Gagné et Robidoux, mais aussi Zaraté + Lavigne Inc., prennent le parti de jouer entre ville en surface et ville souterraine, rendant ainsi hommage aux luttes sociales qui s’y sont déroulées. Avec une piétonnisation des espaces publics et une fluidification du passage entre ces deux niveaux de la ville, il est question de ralentir les rythmes de circulation mais aussi de renforcer une occupation à échelle et tempo plus humains du quartier.
Bien que le passé et l’histoire du quartier soient un moyen de mettre en valeur certaines temporalités, d’autres équipes comme WWA Williams, Asselin, Ackaoui et Associés ont visé une dimension plus saisonnière du temps. Ils imaginaient aussi bien la transformation des activités entre hiver et été, que la mutation des usages entre périodes diurne et nocturne. Cette approche « chronotopique », associée à une réflexion sur la multi-sensorialité de l’environnement bâti, prenait clairement en compte l’idée d’une expérience vécue changeante.
Le Quartier des Spectacles, centre culturel incontournable de la métropole montréalaise, représente un contexte riche pour les réflexions d’aménagement intégrant des enjeux écologiques et sociaux grandissant. Souhaitant voir cohabiter une diversité de programmes, allant des salles de spectacle aux logements, la Ville a lancé ces concours d’idées en 2012, invitant les professionnels d’architecture, urbanisme et design à imaginer le futur de ce quartier devenu mythique. Ce concours est en fait articulé en deux volets : architecture et aménagement. Les lauréats pouvaient espérer une collaboration avec la Ville de Montréal afin de développer les futurs projets d’aménagement du secteur ainsi que participer au développement du Plan Particulier d’Urbanisme. Le jury a sélectionné cinq lauréats au total et a salué par des mentions trois des projets participants. La spécificité de ce concours repose également dans la voix donnée au public. Cette dernière permet, grâce à sa participation via des votes en ligne, de mettre en avant les projets coups de cœur.
En deux volets, les interventions devaient s’appliquer à différentes échelles du quartier. Rappelons que le Quartier des Spectacles rassemble un grand nombre d’institutions et d’activités, faisant de ce centre vivant un pôle culturel particulièrement attractif de la métropole québécoise. Compris entre la rue Sherbrooke et le boulevard René-Lévesque, il est traversé par la rue Sainte Catherine, qui se démarque par sa forte activité marchande. Il s’agit là d’un véritable centre historique de la vie culturelle et nocturne de Montréal où se concentrent de nombreux noms remarquables comme la Société des Arts Technologiques (SAT), la Cinémathèque Québécoise, l’Office National du Film (ONF), le Musée d’Art Contemporain ou encore l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Depuis 2007, le quartier fait l’objet de nombreuses ambitions d’aménagement afin de mettre en lumière ce rassemblement de lieux de diffusion, unique en son genre au Québec. À la suite de l’amorce du PPU, introduit en novembre 2007, de nombreux éléments phares ont émergé comme la Promenade des Artistes, le Parterre ou encore la Place des Arts. L’ensemble de ces projets de planification et de rénovation participent à inscrire toujours plus Montréal, et tout particulièrement Ville Marie, comme une destination culturelle internationale incontournable. Dans la continuité de ces ajouts, ce concours d’idées avait pour objectif de mettre en avant des idées et solutions afin de répondre à une problématique de cohabitation grandissante.
La participation du public à la sélection des lauréats constituait la particularité de ce concours, impliquant directement les résidents montréalais dans l’évaluation des propositions soumises, grâce à un vote en ligne.
À l’issue du processus, le jury de professionnels a choisi deux lauréats et attribué deux mentions spéciales, dans le cas du volet architecture, ainsi que trois lauréats, une mention du jury dans le cas du volet aménagement. Chaque volet compte également un prix du public obtenu par la comptabilisation des votes en ligne.
Le premier volet du concours, axé sur l’architecture, visait les enjeux liés à la relation entre habitat et relations de proximité. Les projets se sont concentrés sur les typologies d’habitation. Tantôt un logement pensé comme loge de théâtre comme chez l’Atelier Ville Architecture et Paysage ou par le Groupe Leclerc, tantôt un bâti comme « barrière habitée » par Poncelet/Boucher, on remarque une appétence particulière pour des organisations autour du collectif. Le social reste au centre des réflexions, afin de renforcer des relations de voisinage et de cohésion entre les différents profils de résidents, challenge complexe quant à la pluralité de leurs attentes et de leurs manières d’habiter le quartier. On retrouve dans les intentions de projet de la plupart un véritable désir d’instaurer un sentiment de communauté. Le texte de l’Atelier Ville Architecture et Paysage en témoigne : « Ciblant une population dynamique, l’habitat prend la forme d’une agglomération verticale de cellules individuelles. À l’image des balcons d’opéra, chaque cellule peut ouvrir sa loggia sur la ville et participer aux festivités ou la refermer, pour s’intravertir et préserver son intimité. Au cœur de l’assemblage, l’espace de la vie collective prend la forme de placettes et terrasses en interrelation directe avec l’espace public. »
L’approche architecturale la plus récurrente dans les propositions sélectionnées superpose les cellules de logements, déployant une dynamique verticale. Cela s’oppose au même phénomène horizontal, fortement critiqué pour son importante emprise au sol, laissant peu d’espace aux circulations, aux places publiques et aux solutions de circulation d’air, sur un plan plus environnemental.
La problématique environnementale, associée aux enjeux écologiques caractérise les approches lauréates. Poncelet/Boucher innove notamment en proposant l’exploitation du potentiel solaire en imaginant des typologies et des orientations privilégiant l’éclairage naturel. L’Atelier Ville Architecture et Paysage joue, pour sa part, avec la disponibilité d’espaces interstitiels en prônant leur végétalisation.
On retrouve des enjeux comparables dans les propositions du volet Aménagement. Il s’agit cette fois d’ouvrir une réflexion autour de la mise en forme des espaces publics du quartier dans le but de prévoir une programmation pour le PPU. On souligne des propositions particulièrement innovantes du consortium entre l’Atelier Barda, Patrick Morand Architecte et Iglu Studio, suggérant le développement de l’agriculture urbaine. Le groupe proposent une manière de produire et de consommer plus locale, tout en impliquant commerces et résidents du quartier : « …Le parc de la bibliothèque serait le lieu idéal pour l’implantation d’un marché public, de jardins potagers communautaires et l’expérimentation sur l’élevage d’animaux, à petite échelle. Nous suggérons de démolir l’ancienne gare d’autocar et de la remplacer par une maison de la culture : un lieu de rassemblement associatif pour les habitants du Quartier Latin. L’espace vacant, entre cette future institution et l’îlot voyageur, accueillerait une place gourmande, un rassemblement de « cantines mobiles » proposant une gastronomie locale. »
Finalement, les approches urbaines déployées dans ce double concours traitent de thèmes articulant les dynamiques sociales et communautaires. À cela, s’ajoutent les rapports historiques afin de valoriser le passé d’un quartier qui a joué un rôle politique majeur dans l’émancipation de certaines communautés marginalisées. Afin de faire émerger le caractère souvent qualifié d’« underground » de ce lieu, Gagné et Robidoux, mais aussi Zaraté + Lavigne Inc., prennent le parti de jouer entre ville en surface et ville souterraine, rendant ainsi hommage aux luttes sociales qui s’y sont déroulées. Avec une piétonnisation des espaces publics et une fluidification du passage entre ces deux niveaux de la ville, il est question de ralentir les rythmes de circulation mais aussi de renforcer une occupation à échelle et tempo plus humains du quartier.
Bien que le passé et l’histoire du quartier soient un moyen de mettre en valeur certaines temporalités, d’autres équipes comme WWA Williams, Asselin, Ackaoui et Associés ont visé une dimension plus saisonnière du temps. Ils imaginaient aussi bien la transformation des activités entre hiver et été, que la mutation des usages entre périodes diurne et nocturne. Cette approche « chronotopique », associée à une réflexion sur la multi-sensorialité de l’environnement bâti, prenait clairement en compte l’idée d’une expérience vécue changeante.